50 ans de l’ÉGLISE UKRAINIENNE à Villeurbanne

Cette année, les gréco-catholiques ukrainiens de la région lyonnaise célèbrent un demi-siècle après l’obtention de l’église de Villeurbanne (anciennement Saint-Julien de Cusset et depuis 1969, sous le vocable de Saint Athanase le Grand).

Donc, comment les ukrainiens de Lyon ont-il obtenu leur église, où célébraient-ils la liturgie avant, et quelle est l’histoire de ce lieu de culte ?

PERSÉCUTÉS ET EXILÉS

Plusieurs prêtres gréco-catholiques ukrainiens se sont partis en Europe d’Ouest quand les autorités soviétiques ont banni l’église gréco-catholique ukrainienne.

Dans les années 1940, marquées par la Seconde Guerre mondiale, la France et d’autres pays de l’Ouest ont connu une deuxième vague d’immigration ukrainienne.

En 1946, le pseudo-synode de Lviv « a réuni » l’église gréco-catholique ukrainienne avec l’orthodoxie de Moscou, et le métropolite Joseph Slipyi et autres hiérarchies se retrouvent emprisonnés. Les prêtres gréco-catholiques ukrainiens sont persécutés à l’Union Soviétique et suivent les autres réfugiés ukrainiens.

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V. 1953. L’église de l’Immaculée Conception. La communauté ukrainienne de Lyon avec le père Wasylyk (cliquez sur l’image pour l’agrandir)

En 1947 le premier prêtre gréco-catholique ukrainien Julien Habrusewycz arrive à Lyon. Un an après il est reparti au Canada et s’est fait remplacer par le P.  Joseph Sydoriw (1948), qui ensuite quittera Lyon pour les Etats-Unis. En 1950 le P.  Julien Prokopiw a pris le relais pour un an avant de repartir pour quelques années au Canada et puis revenir au nord de France.  Le P. Prokopiw a cédé sa place au P. Ivan Tetierka, venu du Belgique en 1950. Dans un an il s’est mis en arrêt à cause d’une maladie. Le premier aumônier qui est resté à Lyon pour longtemps était l’abbé Mykhailo Wasylyk (de 1952 à 1971 et pour la deuxième fois de 1985 à 1992).

LA MESSE « DANS LA CAVE »

En 1955, selon le rapport annuel de l’exarchat pour les ukrainiens en France, la paroisse lyonnaise comptait 560 Ukrainiens catholiques “enregistrés” et 60 Ukrainiens “non-unis”, desservis par un prêtre orthodoxe.

La paroisse comptait 10 colonies: Lyon, La Mure, Saint-Symphorien-d’Ozon , Villeurbanne et Villefranche-sur-Saône dans le département du Rhône; Charvieu, Saint-Priest et Vienne dans l’Isère, Saint-Étienne (Loire) et Moiron dans le Jura.

Initialement, le lieu de culte pour les catholiques Ukrainiennes de Lyon se trouvait dans la crypte de l’église de l’Immaculée Conception (avenue de Maréchal Saxe dans le 3ème arrondissement). Aujourd’hui ce local est transformé en chaufferie et il n’y reste plus aucune trace de la chapelle sauf un petit bénitier.

« Ma petite-fille était surprise: « Comment? Vous avez fait la messe dans la cave?! » rit Odarka Kokoc (née Hrynczuk à Lyon en 1945).

Vidéo : Odarka Kokoc montre la crypte, où les ukrainiens faisaient la messe

L’ÉRECTION DE LA PAROISSE

En 1954, le Pape Pie XII crée l’Ordinariat pour les églises orientales en France. Par conséquent, les communautés catholiques des arméniens, grecs, russes et ukrainiens reçoivent le statuts des paroisses dans le diocèse de Lyon.

La chapelle de l’Immaculée Conception est indiquée dans l’ordonnance du cardinal comme le lieu du culte de la paroisse ukrainienne.

Mais la crypte n’était pas un lieu parfait. À l’époque presque chaque année le Rhône débordait et inondait la crypte. La communauté devait la rafraîchir et réparer l’électricité, rappelle une autre lyonnaise Guénia Cuzin (née Boura en 1940).

Au début des années 1960 les gréco-catholiques ukrainiens ont déménagé à Villeurbanne. L’église de la Nativité (place Grandclément) leur prêtait une chapelle. Elle était petite, mais au moins ce n’était plus au sous-sol.

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V. 1962, Villeurbanne. Le père Wasylyk avec la communauté ukrainienne sur le parvis de l’église de la Nativité.

L’ACCORD DU MAIRE

La possibilité d’obtenir une église comme un lieu de culte pour les ukrainiens de Lyon est tombée lorsque, fin mai 1969, la paroisse catholique de Cusset s’est installée dans une nouvelle église plus vaste à proximité.

Le P. Wasylyk a demandé au cardinal Renard, archevêque de Lyon,  de laisser les ukrainiens prier dans l’ancienne église de Cusset.

Comme le bâtiment de culte était la propriété de la ville, le 29 mai 1969, le cardinal Alexandre Renard a demandé au maire de Villeurbanne Étienne Gagnaire de laisser l’église de Cusset à la disposition de l’archevêché pour la mettre au service des ukrainiens de Lyon. Et déjà le 10 juin le cardinal a obtenu l’accord du maire !

LA NOUVELLE VIE DE L’ÉGLISE DE CUSSET

Une messe solennelle à l’occasion de la remise de l’ancienne église Saint-Julien aux Ukrainiens a été célébrée le dimanche 13 juillet 1969 par Mgr Wolodymyr Malanczuk, exarque des Ukrainiens pour la France.

Selon l’hebdomadaire catholique L’Essor, Mgr Malanczuk a remercié les autorités municipales pour leur compréhension et bienveillance, le vicaire général de l’archevêché M. le chanoine Bonjean et par lui le cardinal archevêque de Lyon pour l’aide apportée à l’aboutissement des transactions. Enfin Mgr Malanczuk a remercié spécialement le curé Loison de l’église  Saint-Julien qui s’est employée à aplanir les difficultés.

Le P. Wasylyk était présent en double qualité du curé de la paroisse et du vicaire général de l’exarchat. Il y avait également le P. Pierre Kholodiline de la paroisse catholique byzantine Saint-Irénée, directeur du foyer oriental Saint-Basile (où habitait le P. Wasylyk, et où se trouvait le siège social de la paroisse ukrainienne), ainsi que le P. Stéphane Tchervonetzky, prêtre orthodoxe ukrainien, venu de Grenoble.

VIDÉO : La plus ancienne église de Villeurbanne (avec Jean-Paul Masson)

SOUS LE PATRONAGE D’UN ÉGYPTIEN

Le même jour, le 13 juillet 1969, l’ancienne église de Saint Julien a été mise sous le patronage de Saint Athanase le Grand, le patriarche d’Alexandrie.

« Que fait un Égyptien dans l’Église gréco-catholique ukrainienne ? L’histoire est très simple. Le P. Michel Wasylyk me l’avait expliqué à l’époque”, raconte Michel Staniul, père-diacre de la paroisse catholique byzantine Saint-Irénée de Lyon.

“Suite à des disputes théologiques, Saint Athanase a été plusieurs fois exilé d’Alexandrie », explique Michel Staniul. « Les Ukrainiens se sont exilés pour des raisons économiques, politiques. Et bien, le fait que la communauté soit placé sous le vocable de Saint Athanase marque bien le souhait de revenir dans la patrie ».

1970. Un mariage ukrainien à l’église Saint-Athanase. Le père Salewicz et les jeunes mariés Odarka Hrynczuk et Yevhen Kokoc.

PATRIMOINE GRECQUE

Les Ukrainiens ont reçu une église vieille, qui avait besoin de rénovation. « C’était sombre, c’était gris”, se souvient le paroissien Ivan Galayda (né à Lyon en 1946).

L’image de l’intérieur que l’on connaît maintenant — les murs blancs, avec les arcatures dorés et le grand lustre au centre c’est  le résultat des travaux, réalisés en 2015 par tout un groupe de bénévoles, dirigé par le paroissien Roman Rusnak.

“Par rapport à maintenant c’est absolument rien à voir. Aujourd’hui notre église est très bien rénovée et elle est très belle”, ajoute Ivan Galayda.

Au début, il n’y avait même pas d’iconostase. Pour séparer le sanctuaire du reste de l’église deux icônes dans un meuble en bois ont été utilisé — celle de la Mère de Dieux et celle du Sauveur.

C’était des anciennes icônes de la paroisse Grecque-Hellène de Lyon, qui se trouvaient dans une petite chapelle de l’Assomption de la Sainte Vierge (rue Bonnefoi dans le 3ème arrondissement).

VIDÉO : le père-diacre Michel Staniul explique l’histoire des icônes de Saint-Athanase 

En 1983, les icônes grecques ont été mises de l’autre côté de l’iconostase, face de l’autel, et de nouvelles icônes principales ont été installées dans les supports en bois.

Les nouvelles icônes ont été spécialement peintes pour l’église ukrainienne par Mme Yolande Racine, le bras droit du P. Salewicz à l’atelier d’icônes “Pantocrator” qui se trouvait au foyer orientale (rue Sala dans Lyon 2ème) (au fait, l’atelier existe toujours !).

Par conséquent, sur les icônes mêmes, on voit des inscriptions en slavon, et sur le meuble, le texte est en grec.

En particulier, l’inscription en grec sous l’icône de la Vierge : « La toute-sainte qui aime les étrangers » est particulièrement originale et correspond toujours très bien pour la communauté ukrainienne”, dit Michel Staniul, père-diacre de la paroisse catholique byzantine de Lyon.

À la fin des années 1980, l’église ukrainienne a eu son iconostase grâce au paroissien Corneille Gavra qui a fabriqué un cloison en bois, en intégrant des meubles de l’église grecque.

Après la liturgie du 13 juillet 1969, comme le note l’auteur de la publication dans L’Essor, a eu lieu “une petite conférence d’une Stéphanoise qui a salué la noble figure du cardinal Slipyi (libéré en 1963, et installé à Rome), le clergé et les fidèles qui souffraient à cause de leur attachement à l’Église catholique. On a parlé ensuite des liens qui réunissent l’Ukraine et la France, par le mariage en 1051, d’Henri Ier, roi de France, avec Anne, fille de Jaroslav, grand prince de Kiev…”

« Le 13 juillet sera une date importante pour des ukrainiens de notre région. Remercions le Dieu d’avoir la liberté de religion en France. Prions pour l’Ukraine et tous les peuples dépendants », conclut le journaliste de L’Essor.

Un an plus tard pile, le 14 juillet 1970, l’archevêque majeur d’Ukraine, Joseph Slipyi, s’est rendu dans le cadre de sa tournée mondiale à Lyon et a célébré une liturgie dans l’église Saint-Athanase…

Dans trois décennies, l’église gréco-catholique ukrainienne émergera des catacombes en URSS et bientôt l’Ukraine obtiendra son indépendance, et on pourra entendre des origines médiévales des relations franco-ukrainiennes au niveau des présidents français et ukrainien.

La paroisse ukrainienne de Lyon elle aussi a connu une étape dynamique. Le père Andriy Morkvas a organisé une école du samedi où  les enfants apprennent le catéchisme, la langue ukrainienne et l’histoire de l’Ukraine; Les pèlerinages dans les lieux saints – Ars, Paray-le-Monial, Lourdes – ont été repris… Les vendredis, des lectures bibliques ont lieu et, encore plus important, le service a lieu non seulement chaque dimanche matin, mais aussi les vendredis et les samedis soir.

  • Auteur du texte et des vidéos : Markiian Peretiatko 
  • Traduction de l’Ukrainien en Français: Dmytro Kosiachevskyi
  • Correction : Nataliya Fralik

L’original de cet article en Ukrainien a été publié sur le site de la Paroisse ukrainienne de Lyon (cliquez pour accéder à l’article)

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